Armstrong, 6 ans de dictature: 2003

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En 2003, Armstrong doit rejoindre Indurain, Hinault, Merckx et Anquetil au palmarès des victoires. Tout le monde lui prédit une course aisée, dans la continuité de ses quatre premiers succès, obtenus quasiment sans jamais trembler. Ullrich, viré de la Telekom est engagé dans l'équipe Bianchi, toute nouvelle formation créé uniquement pour lui permettre de courir le Tour. Il arrive en juillet sans aucune garantie de résultat.

C'est le Tour du Centenaire et le parcours emprunte une courbure parallèle au premier Tour de 1903. Le départ, superbe, est donné sous la Tour Eiffel, les coureurs descendent ensuite vers les Alpes avant de rejoindre Marseille, puis Toulouse, les Pyrénées, Nantes et enfin Paris. Beaucoup de gens craignaient que le Tour du Centenaire soit trop déséquilibré et sans suspense. Il n'en fut rien, bien au contraire, l'édition 2003 fut la plus belle depuis 1989. Quelquechose de mystique resta même incrusté à cette course, comme si toute la réussite qu'Armstrong avait eue s'était soudain envolée, le laissant seul avec ses doutes, la chaleur accablante et la peur de perdre. Trois semaines avant le départ de Paris, Armstrong avait chuté dans le Dauphiné, une chute assez violente dans une descente qui perturba sa préparation. Le premier évènement dans une série de grosses galères.

Dès le prologue, chose étrange, Armstrong termine assez loin, battu par Ullrich (5 secondes d'écart) pour la première fois dans un CLM, aussi anecdotique soit-il... La première semaine se déroule sous une chaleur croissante. Pettachi fait son show lors des arrivées sprintées (4 victoires en 5 sprints). Dans le CLM par équipes on s'attend à ce que l'US Postal corrige la Team Bianchi, mais si les Américains remportent l'épreuve les équipiers d'Ullrich prennent une très honorable 3ème place à 43 secondes. Par contre les Telekom de Vinkourov perdent 1'30" et les grimpeurs d'Euskaltel 3'22". Des additions lourdes de conséquence plus tard. Le CLM par équipes est une épreuve très injuste acr elle condamne les équipes à "petit budget" et donnent un avantage important aux grosses écuries, en l'occurrence celle d'Armstrong ! Il est déjà difficile à battre mais si on lui donne un avantage supplémentaire, la tâche est extrêmement difficile. Sans cette épreuve, Mayo, Ullrich et Vinokourov auraient porté la maillot jaune plus tard dans la course, ce qui aurait considérablement compliqué la tâche du Texan.

Les Alpes arrivent et tout le monde s'attend à voir Armstrong taper du poing sur la table comme lors des premières éditions. Un apéritif lors de l'étape de Morzine: Virenque mène une échappée au long cours avec son équipier Bettini et va chercher une victoire prestigieuse qui lui offre en plus le maillot à pois et... le maillot jaune !!! Retour aux sources 11 ans après l'avoir porté lors de son premier Tour. Deux autres faits marquants lors de cette étape: primo la chaleur est incroyable, c'est la canicule sur la France et les coureurs en pâtissent, secondo (et c'est une conséquence) Armstrong montre des signes étranges de fébrilité, le visage n'est pas aussi serein que d'habitude, l'Américain semble devoir porter un lourd fardeau avec la canicule.

Le lendemain le Tour bascule une première fois. Virenque perd logiquement son maillot jaune dans les lacets de l'Alpe d'Huez. Ullrich, malade, perd 1'20" sur les principaux favoris et perd du coup (on le saura plus tard) le Tour sur malchance. Mais surtout, dans une seule ascencion, Armstrong fut plus attaqué que lors de ses 4 premières victoires. Vinokourov, Mayo, Hamilton et même Beloki, si frigide par le passé, harcèlent le Texan. Sous une attaque de Mayo il cède, laisse partir le Basque qui lui prendra plus de deux minutes au sommet. Touyt le monde s'attend à ce qu'il calme les assauts des autres chiens fous par une attaque dont il a le secret. Il n'en est rien, il se contente de suivre, et c'est déjà pas mal. Au sommet, grâce à son CLM par équipe il prend quand même le maillot jaune. Mais tout le monde n'est pas convaincu...

 

Dernière étape alpestre à Gap, qui va éliminer un concurrent d'Armstrong: dans la descente finale Beloki chute. Image surréaliste: le maillot jaune qui était dans sa roue doit passer à travers champ pour récupérer la route un peu plus bas, après un numéro d'équilibriste phénoménal. En quelques secondes le Texan se forge une nouvelle réputation: non il n'est pas invincible et surmonte des galères incroyables. Une chance dans son malheur, il aurait pu chuter ou crever et perdre 1 minute fatale au classement général. Il réintègre le groupe et rallie l'arrivée. Mais devant il y a un beau vainqueur, c'est Alexandre Vinokourov, de la Telekom. Panache, intelligence, force, endurance, ce coureur est bourré de qualités. Il reprend 36 secondes au groupe des favoris et ne pointe plus qu'à 21 secondes d'Armstrong au général !! Sans ce *** CLM par équipes il serait sorti en jaune des Alpes. Mayo est à 1 minute et Ullrich à 2. Mais l'autre coup de tonnerre est à venir.

   

C'est sans fin, la chaleur continue de monter, la canicule est au plus haut quand le peloton arrive du côté de Toulouse. Avant d'affronter les Pyrénées, un CLM individuel à Cap Découverte permettra d'en savoir plus sur les meilleurs. Et là on va savoir ! Sur 47 kilomètres, un revenant viendra hanter le sommeil d'Armstrong. Jan Ullrich qui n'avait plus gagné d'étape depuis 1998 écrase le chrono. L'Allemand aime la chaleur et semble le seul sur la route à ne pas souffrir de la canicule. Sans faiblir il domine le peloton sur un circuit assez difficile. Armstrong, le visage pâle termine à 1'36". Vinokourov confirme sa bonne forme en terminant 3ème à 2'06". Même Hamilton, le courageux Américain qui souffre d'une fracture de la clavicule perd 2'45". Millar lâche 4 minutes, Botero et Mayo 5 !! Le lendemain, l'Equipe titrera "Le retour du prodige". Beau titre, tellement vrai. L'Allemand perd tout complexe face à l'ogre américain et compte bien profiter des Pyrénées pour prendre sa revanche. Au général il est à 34" (lors du CLM par équipe il en avait perdu 43 !) et Vinokourov à 51". Jamais depuis bien longtemps les positions avaient été aussi serrées si près de l'arrivée avant d'aborder le deuxième massif montagneux.

 

Le lendemain, première étape de montagne avec une arrivée au Plateau de Bonascre (après l'ascencion du très dur Col de Pailhères). Là, Ullrich fait une erreur colossale. La chaleur est la même et Armstrong est au bord du gouffre. Pas de trace de bronzage chez lui: le visage est blanc, il souffre, pâle comme s'il était malade, le regard vide (voir la photo !!). Dans le Col de Pailhères, il aurait dû attaquer. Si loin de l'arrivée le maillot jaune aurait explosé. Mais il préfère attendre et se concentrer sur la dernière ascencion. Il attaque à 2 km de l'arrivée et Armstrong lâche comme rarement en montagne. Ullrich file vers le maillot jaune ? Non car l'arrivée est trop proche. Avec les bonifications il n'est plus qu'à 15 secondes d'Armstrong. Vinokourov est à 1'01". Mais on se demande si Ullrich n'a pas laissé passer une occasion de tuer le Tour. Il est encore condamné à attaquer pour reprendre le petit avantage du Texan.

   

Vers Loudenvielle la chaleur a un peu baissé et Armstrong retrouve quelques couleurs. Mais pas assez pour calmer ses deux adversaires. Au contraire. Dans le col de Peyresourde, Vinokourov retente son va-tout. Et il a raison car il peut compter sur le marquage entre les deux premiers. Véritable électron libre il file et on pense même qu'il peut prendre le maillot jaune. Au courage il maintient son arrivée et terminera l'étape avec 43 secondes d'avance sur le groupe des autres favoris. Devant, c'est Simoni qui gagne l'étape devant Virenque et Dufaux. Au général on a donc Ullrich à 15" et Vino à 18". Incroyable !!! Les trois ont quasiment des chances équivalentes de gagner le Tour. Pourtant ce jour là on apprendra que décidemment, le sens tactique n'est pas le point fort d'Ullrich. Après l'attaque de Vinokourov il roulera sur son ex et futur équipier de la Telekom. Primo il fait des efforts qui auraient été réservés à Armstrong, secondo il tente d'éliminer un gros rival d'Armstrong qui aurait pu être son allié. Grosse erreur de l'Allemand. Sans ses efforts Vino aurait pris le maillot jaune et Ullrich aurait eu une meilleur marche de manoeuvre pour attaquer le Texan. Un pacte entre les deux hommes eû été de bon alloi.

   

Vers Luz Ardiden c'est la dernière occasion en montagne de séparer le trio infernal. Vinokourov va connaitre un petit coup de fatigue suite à sa performance de la veille. En difficulté dans le Tourmalet il fléchira encore plus dans la montée finale, perdant 2 minutes sur le maillot jaune. Ne restent plus que les deux grands rivaux. Dans le Tourmalet, Ullrich teste Armstrong en attaquant. Il ne répond pas immédiatement, restant longtemps quelques secondes derrière l'Allemand avant de le rejoindre. La météo n'a plus rien à voir avec les jours précédents. Il fait beau mais pas très chaud, Armstrong retrouve son teint habituel et son coup de pédale aérien. Dès le début de la montée finale, c'est à son tour de tester ses adversaires. Seuls Ullrich et Mayo suivent le rythme, jusqu'à ce que le maillot jaune n'entrave son guidon dans le sac d'un jeune supporter sur le bord de la route. Il entraine Mayo dans sa chute et Ullrich se retrouve seul. Fair-play (mais réaction idiote car Armstrong a provoqué sa chute tout seul, on ne l'a pas fait tomber) il attend. Armstrong tente de revenir et déchausse, sa chaussure était mal insérée dans la pédale. Suite d'évènements rocambolesques, ce Tour est complètement fou, le groupe se reforme et cette fois plus personne ne pourra suivre Arsmtrong. En colère, orgueilleux, vexé, le visage rageur il lâche enfin ses adversaires. La chute n'aura fait qu'attiser sa soif de victoire. Il reprend 40 secondes à Mayo et Ullrich. Le Tour n'est pas tué mais il se donne un bol d'air frais. Avec les bonifs Ullrich est à 1'07" et Vino à 2'45". Tout n'est pas fini mais le ressort est cassé du côte Ullrich, il ne pourra pas reprendre un tel écart lors du CLM de Nantes. Gros regrets en repensant aux 43" du CLM par équipes, de sa maladie qui l'a affaibli lors de la montée de l'Alpe d'Huez. Regrets aussi de ne pas avoir attaqué plus tôt l'avant veille.

   

Le temps pour Hamilton de remporter une étape de prestige à Bayonne et le dernier rendez-vous du Tour, entre Pornic et Nantes va finir d'établir la hiérarchie. En cas de canicule la tâche aurait été réalisable pour Ullrich mais il pleut fort ce jour là. Sur la première partie il reprend du temps au maillot jaune mais pas plus de 20 secondes. Dans les 10 derniers km les coureurs roulent sur un circuit urbain avec beaucoup de ronds points. Pas très pratique par ce temps pluvieux. En prenant le plus de risques Ullrich chute et perd non seulement le Tour mais aussi l'étape. L'aubaine pour Millar qui remporte donc la course. Armstrong termine à 14" et Ullrich à 25". Le Tour se termine sous la pluie.

 

Le classement final:

1. Lance ARMSTRONG (Usa)
2. Jan Ullrich (All) à 1'01"
3. Alexandre Vinokourov (Kaz) à 4'14"
4. Tyler Hamilton (Usa) à 6'17"
5. Haimar Zubeldia (Esp) à 6'51"
6. Iban Mayo (Esp) à 7'06"
7. Ivan Basso (Ita) à 10'12"
8. Christophe Moreau (Fra) à 12'28"
9. Carlos Sastre (Esp) à 18'49"
10. Francisco Mancebo (Esp) à 19'15"

 


Publié dans veloday

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